Mon travail sculptural repose sur un concept né il y a plus de 25 ans, durant mes études de physique-chimie à la Faculté des Sciences de Luminy à Marseille. Mon intérêt pour l’édification de structures moléculaires tridimensionnelles, étudiées à travers des techniques comme la cristallographie, les scanners et l’IRM, a profondément influencé ma perception du volume et de l’équilibre.

Les premières sculptures ont été réalisées en taille directe sur des blocs de bois, utilisant des outils traditionnels de sculpteur. Progressivement, une approche plus technique s’est imposée, visant à donner l’illusion du mouvement et de la force, tout en jouant avec les limites de l’équilibre statique.

Une structure en tension : les trois points d’appui

Chaque sculpture repose sur une construction précise basée sur trois points d’appui, créant une dynamique visuelle et un équilibre en limite de rupture :

• Les deux pattes arrière, solidement ancrées au sol, définissent la base de la structure. L’une est tendue, l’autre en extension, générant une opposition de forces.

• La patte avant droite agit comme un axe oblique, servant de point d’équilibre au train arrière.

• La patte avant gauche, quant à elle, est flottante, suspendue dans l’air, laissant place à une interrogation sur l’attitude et la trajectoire de l’animal.

Dans son ensemble, cette construction génère une courbe dynamique, accentuant la tension du mouvement et capturant l’instant fugace où l’animal semble sur le point de bondir ou de se stabiliser.

Vers une approche sculpturale évolutive

Si la taille directe a été mon premier mode d’expression, elle a progressivement laissé place à une structure métallique interne modulable, permettant d’affiner l’équilibre des forces. Cette évolution m’a permis de tirer sur les axes, d’ajuster les lignes de force et de jouer avec les torsions du corps pour renforcer l’énergie contenue dans chaque pièce.

Le travail de modelage en cire, en complément, me permet de sculpter avec précision la musculature, tout en respectant l’anatomie et la tension naturelle des espèces représentées.

Cette construction en équilibre précaire ne se limite pas à un effet visuel : elle est une métaphore de la puissance, de l’instinct et du mouvement vital, figé dans l’instant.